Nos Actions


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Principes d’action

La mission du Samu Social Sénégal consiste à intervenir selon les principes de l’urgence auprès des enfants et des jeunes des rues ou en grand danger dans la rue. Et cela notamment :

  • en allant à la rencontre des enfants en les considérant comme des victimes n’ayant plus la force ni la volonté d’aller vers les structures de droit commun ou vers toute autre association ;
  • en mettant hors de danger les enfants selon des procédures d’urgence médico-psychosociale ;
  • en favorisant la réinsertion des enfants grâce à un réseau de partenaires institutionnels et privés ;
  • en soutenant les actions se rattachant directement ou indirectement à la problématique de « l’enfance en danger ».

Le Samu Social constitue le premier maillon d’une chaîne qui va de l’urgence à l’insertion. Il a pour objectif d’améliorer la situation des enfants en danger dans la rue et d’éviter l’aggravation de leur détresse. Nous cherchons simplement à mettre en place un processus de prise en charge, au nom de la dignité que l’on doit aux enfants, et d’une manière générale à toute personne exclue des mécanismes de prise en charge traditionnels.

Les maraudes

Mobiles-2-180x180Constituées d’un travailleur social qui coordonne l’équipe, d’un médecin et d’un chauffeur, les 2 Equipes Mobiles d’Aide (EMA) sillonnent Dakar 5 jours par semaine, jour et nuit, à bord d’une camionnette facilement identifiable, pour repérer les enfants en situation de rupture familiale et/ou sociale, et leur apporter aide et protection. Les équipes mobiles d’aide du Samusocial Sénégal sont professionnelles et pluridisciplinaires : une exigence de savoir-faire liée à la complexité du processus de réhabilitation physique et psychologique des enfants de la rue.

Elles agissent en maraudes (sillonner les rues afin de repérer les enfants en danger)  et effectuent des tournées sur les territoires de vie des enfants. Elles peuvent également répondre à la demande d’autres acteurs ayant repéré des enfants mais ne pouvant les prendre en charge (associations, structures institutionnelles, gendarmerie, particuliers…). Les équipes mobiles interviennent également 24 heures sur 24 en cas d’urgence, sur toute la zone de Dakar.

Par leur action, elles offrent une protection médicale, un appui nutritionnel et une aide psychosociale à ces enfants quotidiennement exposés aux dangers de la rue. Par leurs compétences, elles aident l’enfant à comprendre les événements du passé, à surmonter les difficultés du présent et à construire des projets d’avenir.

Les EMA ont 4 missions principales

L’aide médicale

  • Soins médicaux primaires et suivi médical, sur place, dans le camion médicalisé. Le soin médical est également conçu comme un  moyen de créer une relation de confiance avec l’enfant (prendre soin de lui) et d’aider l’enfant à reprendre confiance en lui (prendre soin de soi).
  • Orientations vers les structures sanitaires de droit commun (hôpitaux, dispensaires,…) pour les pathologies spécifiques nécessitant des soins particuliers ou une hospitalisation.
  • Accueil en lit infirmier au Samu Social.

L’accompagnement psychosocial

Les médecins et les travailleurs socio-éducatifs du Samusocial Sénégal sont formés à l’approche psychopathologique des enfants et adolescents en danger fondée sur un triple savoir-faire :

  • savoir repérer les enfants particulièrement en danger (symptômes des troubles psychopathologiques),
  • savoir interpréter les manifestations de l’enfant comme des demandes d’aide implicites,
  • savoir répondre à ces demandes de manière structurante et constructive.

L’éducation préventive

Les équipes mobiles ont pour mission de développer une action de prévention en direction de cette population qui échappe aux programmes classiques, du fait de leur exclusion familiale, scolaire et sanitaire. L’éducation à la santé et en particulier la prévention des IST –VIH/SIDA constitue un thème majeur.
Les équipes informent également les enfants et jeunes des rues sur les dangers auxquels ils sont quotidiennement exposés : l’exploitation, notamment l’exploitation sexuelle à des fins commerciales, la toxicomanie, la violence physique.

La préparation à la sortie de rue

Les différents services d’aide que propose le Samu Social Sénégal visent à réhabiliter l’enfant de la rue afin de le préparer à sa réinsertion. Dans le cadre d’entretiens sociaux individuels, les travailleurs sociaux recueillent les informations permettant de comprendre la situation de l’enfant et de l’aider à se projeter dans l’avenir. Les travailleurs sociaux motivent l’enfant et encouragent sa volonté de quitter la rue lorsque celle-ci a été exprimée : ils accompagnent le projet de l’enfant en travaillant en partenariat avec des structures prenant en charge le retour en famille ou spécialisées dans la réinsertion socioprofessionnelle.

Quelques chiffres

  • 350 maraudes par an
  • près de de 6000 enfants répertoriés
  • plus de 7 000 appuis nutritionnels distribués chaque année dans la rue
  • environ 2000 prises en charge individuelles par an (soin médical, entretien social)

Le Chusip

Le Samu Social Sénégal est installé depuis juillet 2004 dans le quartier de Ouakam, à mi-chemin du centre ville et de la banlieue. (CHUSIP = Centre d’Hébergement d’Urgence avec Soins Infirmiers et Psychologiques).

Les enfants hébergés et pris en charge dans le centre sont des mineurs protégés par la loi. Ainsi le Samu Social Sénégal a passé en 2004 un protocole d’accord avec la Direction de l’Education Surveillée et de la Protection Sociale du Ministère de la Justice qui stipule que notre association est tuteur judiciaire des enfants hébergés. Par ailleurs chaque enfant hébergé fait l’objet d’une demande d’Ordonnance de Garde Provisoire délivrée en audience bimensuelle par la Présidente du Tribunal pour Enfants.

La mise à l’abri des enfants en danger dans la rue

Hébergements-2-180x180Un centre du Samu Social se justifie essentiellement par sa fonction de mise à l’abri des enfants et des jeunes qui sont en danger dans la rue, pour des raisons de santé physique et/ou psychique.

Il s’agit notamment de :

  • l’enfant dont l’état de santé ne requiert pas une hospitalisation mais une mise à l’abri pour raisons médicales ;
  • l’enfant victime de maltraitance ;
  • l’enfant en voie de marginalisation : l’enfant isolé du groupe, l’enfant « clochardisé » ;
  • l’enfant épuisé dans la rue c’est-à-dire l’enfant qui n’arrive plus à récupérer les rythmes vitaux (veille/sommeil, rythme alimentaire), et à investir le dualisme activité / passivité (l’activité devient agitation et la passivité, léthargie) ;
  • l’enfant en phase de régression

Un lieu qui aide les enfants et les jeunes à retrouver des rythmes et repères fondamentaux

Accueil-2-180x180Dans la mesure où le centre va accueillir des enfants en danger dans la rue, la fonction du CHUSIP est d’aider l’enfant à récupérer, à se retrouver, à se ressourcer. Parce que l’enfant accueilli a un rapport « traumatique » à son corps et au corps d’autrui (conséquence de la maltraitance et/ou de la suradaptation paradoxale), il importe de porter particulièrement attention aux temps de remise en fonction du corps.

En outre, le centre est un lieu qui aide l’enfant à retrouver des repères, car la grande pathologie dont souffre l’enfant de la rue est l’indifférence, ce sentiment que tout se vaut (le jour et la nuit, la vie et la mort). Le lieu que représente le centre doit particulièrement reconstruire les repères suivants :

  • repères spatiaux : entre le dedans et le dehors ;
  • repères temporels : moments d’ouverture et de fermeture ;
  • repères sociaux : endroits permis et endroits non permis ;
  • repères psychoaffectifs : l’enfant doit pouvoir quitter le centre sans être exclu car, de cette façon, il pourra expérimenter la joie du retour dans le centre et la confiance à être de nouveau accueilli (une expérience qui lui permettra également de mieux se projeter dans la perspective d’un retour en famille).

Les principales activités du centre permettent :

  • les soins et traitements médicaux.
  • les entretiens sociaux et psychothérapeutiques
  • la remise en fonction du corps autour de quatre temps communs obligatoires : la toilette, le repas, le « bercement » et le sommeil.
  • la remise en fonction de l’imaginaire autour du jeu et des activités artistiques afin d’aider l’enfant à sortir psychiquement des logiques de survie de la rue : aménager, par exemple, un espace offrant la possibilité de regarder des livres, d’écouter de la musique, de dessiner, de peindre, seul ou en groupe, avec l’aide ou non d’un éducateur, mais nécessairement sous la surveillance / observation d’un éducateur. Des activités sportives, pédagogiques, artistiques et ludiques ainsi que des séances d’alphabétisation sont proposées aux enfants durant la journée et les week end. Des sorties sont régulièrement organisées (randonnées, plage…).

L’accompagnement psychologique

L’activité du psychologue clinicien est hautement profitable pour le suivi psychosocial de l’enfant ou du jeune, et sa reconstruction psychique. La Psychologue clinicienne intervient à temps plein dans le centre, et en maraude. Une demi-journée est consacrée à une thérapie collective où les enfants reviennent sur les événements de la semaine ou partagent leurs expériences antérieures (abandon des parents, vécu au daara…). Le reste du temps est consacré à des entretiens individuels et à la coordination des équipes sur les décisions à prendre pour chaque enfant. Le Samu Social Sénégal est la seule association intervenant auprès des enfants de la rue comptant un psychologue clinicien dans ses équipes. Or ce suivi psychologique est indispensable au vu des traumatismes vécus par les enfants avant leur arrivée à la rue et durant leur vie dans la rue. La psychologue participe notamment à l’accompagnement de l’enfant dans son projet de sortie de rue et soutient le coordinateur social dans la médiation familiale. La psychologue anime en outre la réunion hebdomadaire du centre où sont décidées les conduites à tenir pour chaque enfant hébergé et vient en soutien technique aux équipes du Samu Social Sénégal. En effet, le comportement des enfants peut être parfois déroutant et notre psychologue est justement spécialisé dans les psychopathologies de l’enfant.

L’hébergement est extrêmement déstabilisant pour l’enfant, car il s’agit d’une véritable rupture par rapport à l’environnement auquel il s’était adapté (la rue) : perte des repères (spatiaux, humains, temporels) ; nouveau territoire (la maison = espace clos) ; horaires fixes et rythme organisé ; présence permanente d’adultes ; absence de drogues, d’alcools ; absence de violence physique.
Nombreux sont les enfants qui ne supportent pas cette rupture et qui « choisissent » de retourner dans la rue. L’itinéraire des enfants de la rue est fait de constants allers et retours entre la rue, la famille, les centres d’accueil tels que le Samu Social. Quand un enfant est accueilli au CHUSIP, le préalable est de toujours envisager qu’un retour à la rue est possible et l’accepter. Un retour dans la rue, ou même des allers-retours rue/centre/famille ne doivent jamais être considéré comme un échec, mais plutôt comme les différents paliers pouvant aider l’enfant à se reconstruire.

Quelques chiffres

  • le CHUSIP accueille 350 à 400 enfants par an en hébergement
  • par an : environ 1000 prises en charge psychologiques et sociales, et environ 4000 consultations et soins médicaux
  • plus de 20 000 repas sont servis annuellement

Les retours en famille

Orientation-2-180x180Le retour en famille n’est pas une fin en soi. Le centre du Samu Social a pour vocation première la mise à l’abri de l’enfant en danger. Ce n’est qu’une fois ses repères reconstruits que l’enfant est en mesure d’envisager une sortie de la rue, et est accompagné en ce sens par les équipes du Samusocial, avec parfois de multiples aller-retour entre le centre, la rue, la famille. En effet, le retour en famille dépend de la volonté de l’enfant dans la mesure où, sans son acceptation, la relation d’aide, en particulier psychologique, est impossible. Nous n’avons pas non plus pour objectif de raccompagner à tout prix le plus grand nombre d’enfants en famille, mais surtout de faire en sorte que ces retours soient durables. C’est pourquoi nous mettons principalement l’accent sur la qualité de l’accompagnement et du suivi, non seulement des enfants mais aussi des familles. C’est ainsi qu’au cours des années nous avons mis en place un processus d’accompagnement des projets de sortie de rue avec les travailleurs sociaux, les psychologues, la création en septembre 2010 d’une Équipe Mobile d’Orientation (EMO) et le développement d’un réseau de personnes ressources dans les principales régions du Sénégal. Dans les 12 mois qui suivent l’orientation de l’enfant, un suivi rapproché est effectué, soit par téléphone soit par des visites ; au fil du temps, l’enfant se stabilisant, les visites s’espacent pour finalement ne plus être nécessaires. Il est même bon qu’au bout d’un certain temps, le lien soit « rompu » pour que la situation se normalise.
Les résultats des trois dernières années (2013-2015) sont encourageants : sur 378 projets de sorties de rue, 350 sont durables, soit 93% de « réussite » sur 3 ans. Ces chiffres sont également révélateurs du fait que la grande majorité des enfants que nous accueillons ne viennent que pour se ressourcer, se reposer de la rue, mais ne sont pas prêts à envisager une sortie de la rue. Globalement, depuis 2004, ce sont 947 enfants qui sont sortis durablement de la rue, grâce aux actions du Samu Social Sénégal.

Les activités transversales

Pour encadrer et professionnaliser la prise en charge des enfants de la rue, le Samu Social Sénégal, en partenariat avec le Samusocial International, met en œuvre un certain nombre d’activités – récurrentes ou ponctuelles – afin d’améliorer ses compétences techniques et son niveau de compréhension de la problématique. Ainsi, les grands axes « transversaux » des activités du Samusocial Sénégal sont développés depuis sa création et en fonction des problèmes rencontrés.

La formation et le développement des capacités

Soutien-2-180x180Le Samu Social Sénégal organise des séminaires de formation sur la psychologie normale et pathologique de l’enfant et de l’adolescent. Cette formation est centrée sur les spécificités cliniques et psychopathologiques que montrent les enfants et les adolescents « en danger dans la rue » ou y ayant trouvé un refuge. Un enseignement sur le trauma, sur les résiliences et les suradaptations paradoxales trouve ici sa place et intègre le rapport du jeune, au langage, à autrui (le pair et l’adulte), au temps et à l’espace. L’objectif est de permettre aux professionnels de l’urgence sociale de pouvoir mieux adapter leurs pratiques à ces réalités sociales et psychologiques et de se doter d’outils d’évaluation.

Le Samu Social Sénégal dispense également des enseignements universitaires, en particulier à l’Ecole Nationale des Travailleurs Sociaux Spécialisés (ENTSS) et des formations à la demande (Magistrats, police…).

La recherche et le plaidoyer

Actions-2-180x180L’amélioration de la situation des enfants de la rue passe également, par la réduction de la stigmatisation dont ils sont victimes, conduisant à leur rejet par la population, d’une part, et par l’amélioration de la prise en compte par les pouvoirs publics de leur situation spécifique, d’autre part. C’est pourquoi le Samu Social Sénégal met en œuvre des actions permettant de développer le plaidoyer en faveur des enfants de la rue.
L’action de terrain et de proximité des équipes mobiles d’aide du Samu Social Sénégal permet d’appréhender in situ la réalité des enfants des rues à Dakar, de connaître leurs origines géographiques, leur histoire, leur parcours. Toutes ces données sont recueillies au cours des échanges formels ou informels entre les enfants et les équipes mobiles d’aide  et saisie sur une base informatisée. Outre le suivi individuel des enfants, cette base de données renforce la connaissance sociologique des enfants des rues à Dakar et contribue ainsi à une meilleure compréhension du phénomène, utile tant aux chercheurs qu’aux acteurs de terrain.

Le travail en réseau

Développer des partenariats, opérationnels avec les autres associations, institutionnels avec les Ministères et la Ville de Dakar, est un axe majeur des principes d’intervention du Samusocial. Si la prise en charge des enfants de la rue est une chaîne qui va de l’urgence à l’insertion, le travail du Samu Social Sénégal se situe clairement au premier niveau : l’urgence, parfois la post-urgence. Au fil du temps nous avons développé un réseau vivant et dynamique avec de nombreux partenaires, chacun ayant sa valeur ajoutée dans la prise en charge des enfants de la rue.